Maroc - Octobre 2012

   Berbères

  Les racines des Berbères plongent dans le Sahara central, il y a dix mille ans. La dernière période glacière ayant cédé la place à une sécheresse et une désertification, les pasteurs du Sahara humide se réfugièrent sur les pâturages de l’Atlas.
   Le mot «Berbère» vient certainement de «Barbare» :  tout ce qui n’appartient pas à l’Empire romain.
   Il faut noter la présence Berbère en Europe.

                                   © José Saudubois


   La construction

  Dans beaucoup d’endroits, l’architecture, pierre et pisé relève d’une société autarcique. Tous les matériaux nécessaires se trouvent aux alentours. Pierres des montagnes, galets, terres aux qualités multiples, bois, lauriers.
  La terre de construction, choisie pour ses qualités de cohésion, est récupérée par le maitre-piseur et mélangée à l’eau et à la paille hachée nécessaires. Cette terre est moulée en briques mises à  sécher au soleil sur place.
  La base des murs est effectuée par remplissage d’une branchée, coffrage de bois que l’on déplace horizontalement, rempli de terre apportée au panier et damée dans la branchée au fur et à mesure du remplissage. L’opération achevée, la branchée est déplacée. Une fois le mur d’assise terminé et assurant un temps de séchage nécessaire, le second niveau peut démarrer (Briques de terre). Les planchers sont formés de poutres de bois, palmiers,  recouverts de voliges en branches de laurier rose (clayonnage), puis d’une couche de terre humidifiée mélangée à de la paille puis d’une couche de terre damée. L’étanchéité de la toiture est garantie par l’usage d’une terre locale. Les murs sont couverts d’enduits de protection, mélange de terre et de paille hachée, la paille servant d’armature et allégeant l’enduit. A l’intérieur les enduits sont faits de terre et de plâtre. Les faîtages sont réalisés avec de larges pierres de grès rose pour protéger les arêtes des murs contre les intempéries.
  L’architecture en terre donne un confort  thermique exceptionnel.

  Photos en cours.


  La maison

  La maison comporte deux entrées : une entrée pour la famille et une entrée pour les invités (Pièce des invités est appelée Tanesrit).
  Au RDC, ce sont les pièces les plus fraîches servant à la conservation des denrées alimentaires, les étables ou bergeries, le hammam. A l’étage, cuisine et foyers en terre moulée. Au même niveau, des logements pour la famille. On pénètre dans la vie domestique par la cour. La maison berbère est essentiellement l’univers de la femme, monde de la maternité et protecteur du foyer, opposé au monde souvent hostile des hommes, à l’extérieur.
  La maison est un espace porteur de signes, signes protecteurs, que l’on voit dans les desseins peints sur les façades ou par des motifs de pierre ou de linteaux de bois au dessus des portes, par des motifs sur les portes (souvent le soleil et la fibule, symbole essentiels de la féminité). Cette symbolique se trouve partout, sur les poteries, les meubles, les tissages et les tatouages.

  

Architecture
Habitation -Tafza - Vallée de l'Ourika                         
@ José saudubois

   L’entrée des invités

  Cette deuxième partie de la maison est réservée exclusivement à la réception des invités. Vous n’entrez pas dans la maison familiale. Cette partie possède tout le confort nécessaire au meilleur accueil. Tapis aux sols, tentures  sur les murs,  meubles, objets décoratifs, couvertures. Ce sont les plus belles pièces de la maison. On ne connaît pas l’étranger : riche, pauvre, de classe sociale supérieure ? Alors tout est fait pour contenter le visiteur.
  L’accueil dure trois jours et au quatrième, une petite porte donnant sur la maison familiale s’ouvre si votre hôte vous considère maintenant non comme un étranger mais comme un ami faisant partie de la famille. Vous pouvez rester autant que vous le voulez, vous êtes chez vous.
  Si la porte reste fermée, il est temps pour le visiteur de partir.


  Décryptage des symboles sur un linteau bois d'une porte d'entrée d'habitation

   Les symboles se lisent de droite à gauche.
   Les lignes droites représentent une ligne de conduite toute droite, sans zigzag. On ne va ni à gauche ni à droite, le comportement est droit.
   Puis les traits de chaque côté des deux lignes droites formes les triangles qui représentent l’homme, les hommes (Triangles fermés ou non fermés à la base).
   Ensuite nous retrouvons les lignes droites synonymes d’un comportement digne.
   Les losanges représentent la femme, les cercles la maternité et le ventre et l’enfant à l’intérieur du ventre.
   A nouveau, les hommes représentés par les triangles.
   D’autres signes, tels que le soleil, la maternité et ainsi de suite…



Symboles Berbères
Symboles Berbères
Symboles Berbères
          @ colette saudubois

 
 
  Le tapis Berbère - Ecriture du silence


  Le tapis Berbère est le miroir de la femme.
  Le travail, réalisé à la maison, est une création personnalisée, une écriture du silence.
  La naissance est l’élément central de tout tapis tribal et rural Berbère. Les dessins sont toujours abstraits, nés de la vision intériorisée. Le tapis révèle une continuité des formes symboliques qui le relie à la préhistoire et à d’anciens cultes.  Ainsi on relève des losanges (figure féminine du corps maternel), mais aussi des signes masculins et féminins, des losanges avec des motifs de remplissage qui expriment l’accouplement et  la fécondation.
  Le tapis reflète les différentes phases de la vie de la femme.



  Les différents types de tapis :

  Tapis Chichaouas
  Tapis Rehamna
  Tapis Zanafi
  Tapis Moyen- Atlas



   Les symboles

   Les rameaux expriment la difficulté, le danger mais aussi les végétaux et l’arbre de vie.
   Les peignes isolés ou réciproques rappellent les instruments de tissage.
   La femme, libre dans son espace, pieds écartés et bras levés, prend l’allure d’un signe de l’alphabet Tifinagh.
   La croix de patte de perdrix, la main de Fatima et la ceinture de mariée sont fréquemment représentées.
   La croix Berbère, souvent au centre du tapis, rappelle l’architecture de la kasbah.

   Le caractère inachevé de l’œuvre est un trait quasi permanent. Pour conserver la «Baraka» contenue dans la laine, les tisserandes doivent faire preuve d’humilité. «Seul Dieu est parfait».


Symboles Berbères
    Losanges, lignes brisées, damiers, chevrons, croix, croisillons droits ou obliques, peignes, étoiles sont les motifs les plus fréquemment rencontrés.
    D’autres figures composées de losanges incarnent des scarabées ou des scorpions.
 
    Représenté seul, le losange est parfois vu comme l’œil qui protège des mauvais sorts.

    Les papillons sous la forme de deux triangles, touchant par une de leurs pointes sont également des fleurs ou des étoiles, symboles de la beauté féminine.

 
                                             Symboles Berbères  Symboles Berbères
                                             Symboles Berbères Symboles Berbères
                                             Symboles Berbères Symboles Berbères
                                             Symboles Berbères Symboles Berbères


   Les couleurs

   Le jaune est la couleur de l’homme
   Le rouge est la couleur de la femme
   Le noir est la couleur du malheur
   Le blanc est la couleur du deuil

  

   Chants et danses

  
La saison des fêtes est la saison de l’été. La fête appartient à toute la collectivité villageoise. Souvent le travail fait en commun s’accompagnait d’une fête, réclamant la participation de tous. La fête donne l’occasion d’exprimer un idéal commun. Le Tazz’unt est la seule fête célébrée à date fixe, le 31 du calendrier Julien. Les autres fêtes, pour les mariages, les circoncisions, se déroulent généralement pendant la belle saison, mais selon les désirs de chacun.

   Une fête se déroule dans la sphère privée et familiale, ou collectivement, puisque musique, rituel, danse, sont assumés par tout le village. Dans ce cas, les activités ont lieu sur la place publique, dans les aires de battages. Participer à la fête relève d’un devoir envers la collectivité (Taqbilt).
   Autrefois, quand on venait à la fête avec tambours et fusils, ces fêtes étaient organisées par des groupes de jeunes hommes, réunis en Lâamt. Les Lâamt avaient une fonction essentielle : faire de la musique, et donc, de transmettre le savoir musical qui s’apprend par l’usage, en entendant, en observant. Si de nombreux Lâamt sont présents, la compétition et une certaine tension vont se manifester entre chanteurs et tambourinaires. Les chanteurs et poètes, souvent d’âge mûrs, savent le pouvoir de leur parole et emploient un langage dont le sens profond échappe à qui ne connaît pas la vie du village.
   La danse la plus connue, sinon la plus ancienne, est l’ »Ahwach ». Hommes et femmes dansent autour des tambourinaires, en deux lignes courbes ondulantes, qui suivent avec rigueur le tempo. Les tambours solistes font des variations rythmiques et jouent en contretemps, avec un strict respect de la forme, les autres tambours jouent sur un rythme grave. Les hommes ont dans l’Ahwach un rôle dominant, les femmes ne touchent pas aux tambours et intègrent discrètement le mouvement des danseurs. L’Ahwach est de préférence dansé la nuit, à la clarté du feu qui lui donne une magique grandeur. Les poèmes d’Ahwach (Izli) sont composés de deux vers de grande concision, partagés entre hommes et femmes, sur des thèmes joyeux ou nostalgiques :

  "Adieu à celui (ou celle) que je ne reverrai plus
   Le destin nous sépare, mais pas la mort"

   Texte de danse Ahwach, Ayt Arbaâ, 1969.

    Source : Musée Berbère - Vallée de l’Ourika - Tafza - 2012.

                                                                
                             Comprendre c’est apprendre à aimer.

        Proverbe africain : il y a ta vérité, il y a ma vérité, il y a la vérité.

 

 


 






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